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Prends 5 minutes et signe, copain : le buzz des fonds marins

20 novembre 2013 | 2 Commentaires 

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Une blogueuse vient faire buzzer une campagne de sauvegarde des fonds marins grâce à une BD.

Le nombre de signataires explose : Internet vient à la rescousse d’une cause presque perdue.

C’est une bien belle histoire à laquelle nous assistons depuis hier sur le web : l’association Bloom, qui lutte pour la sauvegarde des fonds marins voit sa campagne de récolte de signatures exploser grâce à une blogueuse, Pénélope Bagieu.

La pétition est adressée au Président de la République et demande la fin du chalutage profond par l’arrêt des subventions publiques. Elle avait récolté 26 000 signatures en plus de 3 mois et là en l’espace d’un jour et demi, 160 000 se sont rajoutés à la liste (et ça ne s’arrête pas).

Comment une blogueuse peut-elle en 1 jour multiplier par plus de 6 le nombre de signataires ? Je vous propose mon décryptage.

Etape 1 : Susciter des opportunités, se rendre visible

C’est lors du TEDx Paris de Mars 2013 que Pénélope a fait la découverte de Bloom au travers d’un talk de sa fondatrice : Claire Nouvian.

Dans son speech de 18 minutes (10 000 vues sur Youtube à ce jour), intitulé « Pourquoi il faut se mobiliser contre la pêche en eau profonde« , cette dernière nous explique la situation actuelle des grands fonds et comment certains acteurs de la grande distribution la ravage. On comprend pourquoi ce combat est devenu le but de sa vie avec les chiffres qu’elle avance.

La pétition n’est pas encore en place à l’époque et seul l’appel au don est présent : pour soutenir Bloom on vous demande d’adhérer.

Un don de suite après une vidéo ? C’est peut-être un peu rapide non ?

Et si on essayait plutôt d’acquérir des internautes intéressés par notre cause et qu’on les tenait informés au fur et à mesure ? Construire une relation permet de demander des choses plus facilement !

Claire Nouvian TEDx Paris 2013

Claire Nouvian lors de son speech en Mars 2013

Depuis cette vidéo, Claire Nouvian a multiplié les actions pour faire connaître sa cause. De nombreuses personnalités soutiennent l’association (dont Richard Branson de Virgin !) et les fonds marins ont même été affichés sur des bâches de 110m ² deux jours Gare du Nord !

Mais parlons de Pénélope, qui elle, est déjà visible : illustratrice de métier, elle s’est fait connaître grâce à son blog où elle a pu faire connaître son style très girly et décalé.

Depuis, de nombreuses portes se sont ouvertes : le monde de l’édition, de la télé, des magazines et webzine féminins… Elle est connue, connait du monde et a un lectorat fidèle.

Laissons donc parler les chiffres :

  • Pénélope a un Klout de 68 (sur 100) et environ 115 000 followers à ce jour.
  • Claire Nouvian a un Klout de 52 et 730 followers. Bloom peine par contre à dépasser les 10 000 fans sur Facebook avant l’épisode de la BD.

La comparaison est violente, je vous l’accorde !

Etape 2 : Admettre ses faiblesses et lâcher prise

C’est tout récemment que Claire Nouvian a confié au magazine TerraEco qu’elle montrait des signes de faiblesse :

J’ai été naïve de croire qu’il suffirait de montrer la beauté des fonds marins pour qu’on ait envie de les préserver. Aujourd’hui, les industriels continuent de les dévaster, et le monde s’en fout. – Claire Nouvian

Et je trouve ce constat très juste, tout comme celui fait par Pénélope quelques mois plus tôt et rapportés par Rue89 :

Je lui ai dit qu’il y avait d’autres choses à faire que tracter. Je lui ai dit de ne pas négliger Internet. – Pénélope Bagieu

Alors qu’a fait Pénélope ? Elle a publié sur son blog une BD qui reprend exactement les éléments de la vidéo de Claire Nouvian mais avec son style bien à elle.

Les phrases chocs laissent place à un style plus agréable, qui arrive à incorporer une bonne dose d’humour tout en montrant l’urgence de la situation.

BD Pénélope Baugieu - Chalutage Profond

Y voit-on des photos de poissons qui meurent ? De coraux qui sont jetés à la poubelle ? Presque pas.

L’horreur est remplacée et laisse place à de nombreuses références à une culture plus jeune, on ne verrait pas ça le vendredi soir dans Thalassa !

Je vous laisse découvrir sur son blog l’intégralité de la BD où on y voit entre autre une jeune fille avec un T-shirt des One Direction, un empereur [le poisson] qui va mourir puceau et une intervention de Bernard de la Villardière.

Et au delà du fond, la forme est maintenant bien plus accessible : la BD est dynamique, c’est à coups de scrolls dynamiques qu’on s’empresse d’aller à la fin de la longue image et bonus (j’y tiens à celui-là), on peut continuer à faire autre chose pendant que l’on lit la BD.

La vidéo par contre nous oblige à couper toute distraction et accapare toute notre attention. Cet avantage peut se transformer en inconvénient dans des situations de mobilité ou lorsque l’on n’est pas prêt à prendre le temps de tout couper autour de soi.

Etape 3 : Choisir sa cible et inciter à l’action

Le média utilisé n’est pas le même et le message est abordé d’une autre manière.

Cela me rappelle d’ailleurs Karl Lagerfeld et la sécurité routière : on oublie les images chocs et on tente l’humour (et ça marche) !

Peut-on toucher tout le monde avec des images chocs ? Pas forcément. Peut-on toucher tout le monde avec de l’humour ? Pas forcément non plus.

Il existe de multiples façons d’aborder le problème mais nous avons vu quelle est la méthode qui marche le mieux ici.

BD Pénélope Baugieu - Prise Conscience

Remarquez l’emploi du « Nous ». Pénélope est impliquée au même titre que le reste des internautes.

Pénélope a déjà un lectorat qui la suit et qui partage les mêmes valeurs et la même culture qu’elle.

Il n’y a pas de dissonance dans son discours : tous ceux âgés entre 20 et 30 ans comprennent et rient de ses blagues. Quand on a plus de 100 000 followers sur Twitter et un réseau de personnes influentes dans son entourage, les messages importants ont plus de chances d’être transmis et viralisés.

Elle devient alors le relais, un média à part entière, et elle transmet avec efficacité le message qui peinait à trouver écho en chacun d’entre nous.

Il subsiste une grande différence entre les deux messages et rien qu’en lisant la titre de la vidéo et le titre de l’article de blog de Pénélope on peut s’en rendre compte :

  • Claire : « Pourquoi il faut se mobiliser contre la pêche en eau profonde ». C’est un style froid, académique, impersonnel et lorsque l’on est au bout des 18 minutes de vidéo, on a bien compris le bien fondé de la cause et pourquoi il faudrait se mobiliser.
  • Pénélope : « Prends 5 minutes, et signe, copain ». Il n’y a pas d’ambiguité : on nous demande de faire l’effort de prendre le temps et de faire une action ensuite. Il y a en plus une familiarité désinvolte qui pousse à la curiosité. Que fait-on ? On suit tout simplement les consignes du titre : on prend le temps de lire la BD et si on est conquis, on va signer la pétition ensuite.

C’est là la force de l’incitation à l’action : on conditionne les internautes à ne pas rester passifs devant le contenu qu’on leur propose.

Que faut-il retenir de cette étude de cas ?

Vous peinez à atteindre votre audience ? Et si vous preniez du recul ?

Voici quelques pistes :

  • Changez votre message ou en tout cas l’angle avec lequel vous l’abordez. Êtes vous assez didactique et pédagogique ou êtes-vous enfermé dans un jargon peu accessible au grand public ?
  • Changez de média et préférez des visuels attrayants qui sauront donner le sourire et être plus facilement partagés. Inspirez l’espoir plutôt que la défaite.
  • Vous n’avez peut-être pas l’audience suffisante pour toucher votre cible mais de nombreux influenceurs l’ont. Et si vous les contactiez ? Ici la rencontre était fortuite, si Pénélope avait été démarchée – même par une ONG – , son rapport avec la cause n’aurait pas été le même.
  • Facilitez au maximum la tâche à votre cible. Faire signer une pétition est bien plus compliqué en faisant de la publicité offline ou en tractant. Regardez le billet de Pénélope, à la fin on peut faire deux choses : partager son article sur les réseaux sociaux et signer la pétition.
  • Incitez à l’action : vous voulez que vos internautes signent une pétition ? téléchargent votre dernier e-book ? Ecrivez-le noir sur blanc !

Epilogue

  • Le 10 décembre 2013, le Parlement Européen a rejeté la proposition d’interdiction pure et simple du chalutage profond. Il a cependant approuvé le principe d’une limitation de la pêche profonde. Le buzz a continué dans les jours suivant la publication de mon article et ce sont au total plus de 750 000 signatures qui ont été récoltées.
  • Le 31 janvier 2014, l’association s’est félicité du lobbying effectué : Intermarché a décidé de ne plus pêcher au delà de 800 mètres de profondeur dès 2015. Retrouvez leur communiqué en ligne.
Nicolas Richer

À propos de Nicolas Richer

Anciennement Consultant en WebMarketing, je ne vends plus mon temps : je suis maintenant entrepreneur.

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2 Commentaires

  1. Géraldine

    Merci pour cet épilogue, bien qu’il ne soit pas celui que nous aurions souhaité 🙁 Et maintenant ? N’avons pas d’autres recours pour insister et insister encore jusqu’à obtenir l’arrêt du chalutage profond ? Merci d’avance.

    Répondre
    • Nicolas Richer

      Géraldine, il faut maintenant se tourner vers l’association Bloom pour la suite de l’histoire !

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